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LA SEMAINE | 05 Sep 2008
Alexis Dipanda Mouelle : L'Exécuteur cherche une porte de sortie
Cinglant et sentencieux, loin du fauteuil présidentiel, celui qu'on croit être un porteur de sac sait se faire entendre.
Jean Francis Belibi

Est-ce l'image que la plupart de ses compatriotes garderont de lui? Celle où, du haut de sa chaire de président de la plus haute instance judiciaire du Cameroun, Alexis Dipanda Mouelle, au sortir de l'élection présidentielle controversée du 11 octobre 1992, eut la lourde tâche de rendre publics les résultats de ce scrutin ? De son timbre hésitant et traînant, après une procédure jusqu'à ce jour n'est pas toujours très bien comprise, le Social Democratic Front (Sdf), procéda au retrait de son recours en annulation. Alexis Dipanda Mouelle reconnut les irrégularités et les fraudes qui avaient émaillé l'élection mais proclama néanmoins élu, Paul Biya. Le candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) l'emportait d'une courte tête face à John Fru Ndi qui matérialisait par là même, son assise sur la scène politique camerounaise.

Un épisode qui intervenait pourtant après l'arbitrage d'un autre scrutin qui est resté à ce jour comme l'un des mieux organisés et l'un des plus transparents de l'histoire des élections au Cameroun: L'élection législative de mars 1992 au terme de laquelle le parti au pouvoir allait se voir devancer par toutes les formations de l'opposition réunies avec 88 sièges. Le Rdpc réussira cependant, grâce au jeu des alliances, de garder le contrôle du Palais des Verre de Ngoa Ekellé. La rectitude du président de la Commission nationale de recensement général des votes (Cnrgv) de l'époque, ne fut pas saluée par le pouvoir. L'indépendance affichée par la Cour avait valu le début de l'enfer dans la magistrature à Léonard Assira Engouté qui avait conduit la très stratégique Cnrgv. Aux yeux de l'opinion, cette éviction de la magistrature avait été pilotée par l'actuel premier Président de la Cour suprême qui l'avait désigné.

Depuis lors, M. Dipanda Mouelle, magistrat hors hiérarchie qui a gravi tous les échelons au sein de ce corps, n'est plus passé inaperçu. Seize ans après cet épisode, il continue de tenir les rênes d'une institution qui, depuis la modification constitutionnelle de 1996, fait aujourd'hui office de Conseil constitutionnel. Si son quotidien est marqué par des audiences qu'il préside dans la vaste salle réaménagée de cet autre symbole de l'Etat, on le revoit toujours à la faveur des élections législatives et présidentielles pour lesquelles la Cour suprême est compétente en attendant la mise sur pied du Conseil constitutionnel. Ou encore à la faveur des audiences de l'Assemblée plénière de la Cour suprême pour vider le contentieux sur les municipales, comme il l'a fait il y a une semaine pour le cas des municipales de 2007.

Répliques
Egal à lui-même en témoignent ses répliques qui ont récemment laissé sur le carreau le collège des avocats du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) sur le cas de Douala Ve, avec les décisions de la Cour suprême avant l'audience publique, c'est plutôt sur sa sortie à l'ouverture de l'audience que Alexis Dipanda Mouelle a une fois de plus marqué les esprits. Ceux qui ont assisté aux audiences de la Cour suprême en matière de contentieux électoral ces dernières années, ont vu un homme essayant de dire le droit sans tenir compte de l'appartenance politique des parties concernées. Françoise Foning en sait quelque chose. Elle à qui le président de la Cour a lancé l'année dernière un cinglant "qui êtes vous madame?" Sans doute surprise par la question de celui qui quelques minutes plus tard allait prononcer l'annulation de l'élection de la liste qu'elle conduisait aux législatives dans la circonscription du Wouri-Est, elle avait quitté la salle désemparée.

On a encore vu Alexis Dipanda Mouelle refuser de suivre le procureur général sur certaines décisions qui pouvaient faire pencher la balance d'un côté. On le découvre également quelques fois, pédagogue. Face aux avocats dont la maîtrise des subtilités des lois camerounaises en matière électorale, est approximative notamment. Alexis Dipanda Mouelle a présenté un autre visage la semaine dernière en évitant de mettre à mal certains de ses pairs sur une décision arrêtée longtemps à l'avance. Renvoyée de 24 heures, la décision de confirmation de l'annulation de l'élection des conseillers municipaux de la commune de Bana, et prononcée le lendemain au terme d'une audience de deux minutes se résumait à ce qu'il a le dernier mot.

Lui qui, depuis quelques semaines, est devenu la cible de certains médias qui n'ont pas hésité à annoncer qu'il avait été limogé de la tête de la Haute Cour, a décidé de communiquer. Sur les procédures relative à l'Assemblée plénière de la Cour suprême. Pour faire taire les rumeurs venant de "certains Camerounais qui avaient estimé que les dossiers du contentieux municipal dont les jugements ont été frappés d'appel, étaient enterrés à la Cour suprême". Des accusations adossées au fait que des personnes qui avaient vu leur élection annulée continuaient d'exercer leur mandat. Des positions de "non praticiens du droit", a lancé Dipanda Mouelle à une assistance médusée. Il a ainsi donc décidé de communiquer sur des rumeurs de disparition de dossiers à la Cour suprême, notamment le cas de Bafoussam III où un doigt accusateur a visé la haute institution judiciaire.

Ce septuagénaire, ancien président de la 17e session du Comité des Nations Unies contre la torture des Nations Unies en 1996 par ailleurs membre de l'Institut international de droit d'expression et d'inspiration françaises (Idef), il a récemment été coopté à la Chambre d'arbitrage de la Cour internationale de justice de La Haye. Dans cette désignation, il fait route aux côtés de trois autres de ses compatriotes.
Après une vingtaine d'années d'exercice à la tête de la Cour suprême, Alexis Dipanda Mouelle peut se targuer d'avoir physiquement donné de la hauteur à cette instance où différentes salles d'audiences ont été refaites. Dans cet élan, on note aussi l'amélioration du cadre de travail des personnels. En tout cas des témoignages laissent dire que rien ne semble avoir été laissé au hasard. Cadeau du pouvoir à une institution qui a toujours su lui apporter son concours, disent les plus sceptiques. Juste retour des choses pour ceux qui pensent que "pour dire sereinement le droit, la Cour suprême doit être à l'abri de certaines tentations. "
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