20 Nov 2009
Guinée : Difficiles pourparlers à Ouagadougou
Les forces vives et la junte guinéenne, ne s’entendent pas autour du médiateur Blaise Compaoré.
La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait au lendemain du massacre du stade du 28 septembre, dépêché le président du Burkina Faso, pour assurer la médiation entre les parties guinéennes en conflit, c'est chose faite. Chaque partie s’est séparément rendue il y a deux semaines, à Ouaga, exposant ses vues pour la sortie de crise. D’une part, les forces vives ont pour principale requête, le départ du Cndd, censé être remplacé par un gouvernement civil qui dirigerait la Guinée jusqu’à l’élection de janvier prochain. L’opposition demande également, le départ sans appel de Moussa Dadis Camara et son engagement à ne pas se présenter à la prochaine présidentielle. Par ailleurs, les 18 membres de la junte qui avaient effectué le voyage à Ouaga, ont dans leurs propositions, clairement expliqué que Dadis ne quittera le pouvoir pour rien au monde.
La junte propose plutôt, un gouvernement d’ouverture où pourrait figurer les forces vives. Le capitaine Dadis ne veut pas lâcher prise. En début de semaine, il a crée son propre partie politique à Conakry. Manière pour lui de confirmer sa légitimité au sein de la sphère politique guinéenne. Cette action du chef de la junte démontre qu’il ne cèdera jamais le pouvoir comme le souhaite tant ses adversaires. Il affirme contribuer au changement et au développement de son pays, notamment à travers la lutte contre le narcotrafic. Blaise Compaoré a une tâche rude. Aucune des deux parties ne veut faire de concession. Il lui sera certes difficile, mais pas impossible d’amener chacun à accepter un gouvernement de transition. Il a d’abord présenté ses propositions de sortie de crise au président en exercice de la Cedeao, le nigérian Umaru Yar’Adua.
Pnr Ce dernier semble d’accord avec ces solutions, puisque M Compaoré doit les exposer aux deux parties ce jeudi. En tous les cas, ces propositions feront très certainement des déçus, tant personne ne veut bouger d’un iota. Cependant, il est évident que le médiateur mettra d’abord l’accent sur les axes les plus faciles à être acceptés par chaque partie. Il s’agit par exemple de la mise en place de la nouvelle autorité de transition. Il est nécessaire pour les deux parties de faire des concessions afin que la Guinée retrouve une sérénité et une stabilité tant souhaitée par la population. Cela signifie pour autant une sortie de crise? Acculé donc, et ne voyant aucune issue autre à la situation actuelle que s'accrocher au pouvoir, Moussa Dadis et des proches mettent en place un parti politique.
Initié par des ministres qui lui sont inconditionnels, le nouveau parti aurait pour nom : Union guinéenne pour la Démocratie (Ugd). Parmi les initiateurs, il est à compter les ministres de l'Administration du territoire et des Affaires politiques, Frédéric Kolié, des Affaires Etrangères et des Guinéens de l'Etranger, Alexandre Cécé Loua et le Ministre Secrétaire Général à la Présidence, Kélétigui Faro. C'est la deuxième fois qu'un coup de force du genre est ainsi opéré, puisqu'il y a déjà eu une tentative avec l'avortement du Parti national pour le renouveau (Pnr), spécialement crée pour permettre à Dadis de se présenter à la future élection présidentielle. C'était sur proposition de Boubacar Barry, Ministre d'Etat à la Présidence en charge de l'Habitat, de l'Urbanisme, des Travaux publics et du Patrimoine bâti public. La nouvelle formation compte tenir un congrès avant la fin de ce mois, et aurait déjà inscrit la candidature de Moussa Dadis Camara, le chef de la junte, au premier point de son ordre du jour.
Ensuite, elle aura pour autre objectif, l’enrôlement des petits partis politiques réunis au sein du «Bloc des forces vives» en vue de former un gouvernement d’ouverture ou d’union nationale réclamé à hue et à dia à Ouagadougou. Une opération quine doit pas bien difficile, quand on sait qu'en réalité, tous ces petits partis satellites ont leur siège au Camp Alpha Yaya, et sont les seuls qui s’agitent actuellement en Guinée pour demander, en cachette, la candidature de Dadis. Plus de doute donc que la candidature de Dadis ne soit qu'une question de jours quoique l'opposition guinéenne dans son ensemble cherche à lui barrer la route, sous l'oeil complaisant des pays de la sous-région qui n'osent pas faire grand bruit, compte tenu de l'importance de leurs ressortissants établis en Guinée.
Léger Ntiga (Source: Lejournaldumali.com)
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