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Cultures

25 Nov 2009
Spectacle : Quand l’histoire est triste

Le Péruvien Rafo Diaz a raconté dimanche dernier l’histoire de la résistance de son peuple à la colonisation.

Il y aune dizaine de jours lorsqu’il foulait le sol camerounais, l’Indien du Pérou Rafo Diaz n’avait pas manqué de confier à ses amis camerounais son envie de jouer son spectacle sur son peuple au cours des Retic qui se sont achevées hier mardi à Yaoundé. Il s’était alors mis à échafauder le plan qui lui permettrait de convaincre Ambroise Mbia, le fondateur et directeur des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun, à jouer son Ino Moxo dans sa version originelle, c’est-à-dire en espagnol. C’est donc fatigué mais heureux que Rafo Diaz a tenu à témoigner toute sa gratitude au public du centre culturel François Villon dimanche 22 novembre dernier. Heureux dans la mesure où l’effet escompté, à savoir concerner le public à son projet, semblait avoir été au rendez-vous. Surtout que le spectacle d’une heure intégrale dans la langue de Cervantès n’était pas donné pour un public constitué essentiellement de locuteurs différents.

Si le public a salué l’artiste à la fin de son mono, c’est sans doute parce que le comédien a réussi, dans son jeu et le travail de mise en scène effectué par lui-même sur un roman de César Calvo, une harmonie qui parlait plus que toute autre chose. Dans sa prestation ponctuée de force dans les déclamations, de recours aux pratiques propres à son peuple comme ceux du chamanisme, ses costumes très amazoniens, l’on sentait qu’il parlait de ce peuple qui partage avec l’Afrique d’avoir vu ses terres violées par des étrangers sans pitié. Alors peu importe que l’histoire globale des textes ne fût point comprise du moment où il se dégageait du jeu de l’acteur les souffrances d’un peuple qui résista du mieux de ses forces à la pénétration occidentale de son territoire.
Car il s’agit bien, aux dires du comédien après coup et en français, de l’histoire d’un chaman (Ino moxo) qui usa de sortilèges et autres pratiques mystiques pour retarder la prise de possession de son territoire par les colonisateurs européens. Une histoire qui s’est déclinée sur les planches en poèmes, chants, danses et lamentations.

Il planait même dans la salle du Ccfv une prise de conscience de cette part de l’histoire de Indiens qui a vu au fil du temps certaines tribus comme celle de Rafo Diaz disparaître, emportant avec elles et la langue et la culture. Quand on sait ce que les Incas ou les Aztèques ont apporté à la civilisation de l’humanité, on écrase une larme et on imagine la douleur qui a irrigué l’artiste durant les deux années qu’il a consacrées son projet.
Heureusement que l’art a survécu et qu’elle pourra diffuser le peu de savoirs qu’elle aura sauvegardé. Un spectacle qui a sonné comme un appel à la conscience de soi et de son être au monde. Un spectacle qui dit clairement combien les colonisateurs, ces «descendants d’étrangers, qui ne savent pas vivre la vie, qui vivent seulement pour gagner de l’or de la plus basse façon, ces esclaves de la viande, avec des fortunes érigées sur les sols, sinon sur les os de millions d’humains» ont travaillé à détruire les cultures qui les ont accueillis. Et cela avec des complicités endogènes. Avec pour conséquence que l’histoire indienne reste à découvrir et à connaître dans «son entière vérité» de toute l’humanité.

Parfait Tabapsi

   
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