02 Sep 2010
Marché Madagascar : Les commerçants marchent pour libérer six des leurs
Le mouvement engagé hier à Douala sur près de 3 kilomètres a finalement fait plier le procureur de la République près le Tgi de Ndokoti.
Même dans leurs rêves les plus fous, Roger Nana et ses 5 compagnons d’un jour de détention n’auraient sûrement jamais imaginé qu’ils vivraient ce qui leur est arrivé hier. Pendant presque une heure, de 15h à 15h40, ils ont vécu leur « quart d’heure de gloire » (dixit Andy Warhol). Escortés à pied, sur environ 3 km, par plusieurs centaines de commerçants en liesse, ils ont été accueillis « en héros » à leur arrivée au marché Madagascar. Durant le tour improvisé de leur lieu d’activité, ils sont acclamés par une foule de plus de 1.500 personnes. Ils venaient ainsi d’être libérés de la cellule du Tribunal de grande instance (Tgi) de Douala-Ndokoti où ils ont été détenus pendant près d’une demi-journée. Ils devaient, vraisemblablement en partir pour rejoindre la prison de New-Bell. Ils ne doivent cette libération qu’au mouvement d’humeur de plusieurs centaines de leurs collègues commerçants qui ont envahi ledit Tgi vers 14h, après une marche partie du marché Madagascar vers 13h30, le même jour.
Selon la plupart des manifestants, c’est la peur de cette foule qui aurait «poussé le procureur à faire libérer les accusés ». Ce que dément une source proche du parquet. En fait, tout commence au matin de ce mercredi 1er septembre 2010. Vers 10h30, Jean-Paul Talla, André Teguia, David Pokam, André Ndassi Léon Mbimou et Roger Nana se rendent à la brigade de gendarmerie de Nylon pour déférer à une convocation. Convocation qui leur avait été servie, il y’a une dizaine de jours, à la suite d’une plainte du sieur Olivier Sandjong. Naguère principal lieutenant de l’ancien président de l’Association des commerçants du marché Madagascar, Sylvain Nouteng alias «Djansang» (évincé par les commerçants en colère), ce boucher les accuse «d’avoir détruit quatre de ses boutiques et volé les marchandises qu’elles contenaient». La valeur de ces biens serait estimée à environ « une centaine de millions de francs Cfa ».
« Djansang » L’agenda de ce troisième jour de convocation prévoyait, entre autres, la confrontation des témoins à charge de l’accusation (parmi lesquels se trouve un certain… « Djansang ») et la reconstitution des faits sur les lieux du délit : le marché. Mais à la « grande surprise » des co-accusés, lorsqu’ils arrivent à la brigade de Nylon, le commandant les fait plutôt mettre aux arrêts. L’adjudant-chef de gendarmerie leur explique alors qu’il « a reçu des ordres du procureur, l’enjoignant de les conduire au Tgi de Douala-Ndokoti ». Il est alors 12h. Peu de temps après, l’un des co-accusés appelle son frère, commerçant lui aussi dans ce marché, et l’informe de ce qui se trame. Celui-ci, à son tour, relaie l’information à quelques marchands. Et en moins d’une demi-heure, la nouvelle se répand à travers le marché comme une trainée de poudre. Sur le pied de guerre, les commerçants convoquent une réunion de crise. Au terme de celle-ci, ils conviennent de la fermeture de toutes les boutiques et surtout, d’une marche, du marché au Tgi de Ndokoti. « Trop c’est trop », s’énervent-ils tous. Vers 13h, certains marchands bloquent un tronçon de la route qui passe devant le marché. Mais après le départ de leur marche, à 13h30, la barricade est levée.
Les commerçants avaient encore en tête la longue période de trouble qui les avait privés de leur moyen de subsistance pendant plusieurs semaines, à cause de «Djansang». C’est la peur de revivre cette situation, dont le plaignant du jour était l’un des principaux artisans, qui aurait donné du courage aux manifestants. Mais il faut dire que derrière cette plainte, les commerçants voient d’abord la main de Sylvain Nouteng alias «Djansang». Par téléphone, quatre d’entre eux auraient même été menacés de mort par ce dernier. Il s’agit de Roger Nana, Leon Mbimou, André Talla et Geoges Kenoubeu. Du reste, le désormais ex-président du marché, que les commerçants croyaient, jusqu’alors, être détenu à la prison, a été aperçu par plusieurs d’entre eux. C’était hier, aux premières heures de la journée. Cette apparition semble pour le moins surprenante. Tout d’abord, parce que le préfet du Wouri lui en a interdit «l’accès et le séjour» à compter du 12 avril 2010. D’autre part, l’on se rappelle que les commerçants en colère avaient failli le lyncher en juillet dernier. Ils promettaient d’ailleurs d’en découdre avec lui s’ils le revoyaient. Sylvain Nouteng serait-il suicidaire? Quoiqu’il en soit, c’est un nouveau feuilleton à rebondissement qui commence au marché Madagascar.
Brice T. Sigankwé (Stagiaire)
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