02 Sep 2010
Renc’Art : Le cas Guillaume Apollinaire **
Le recueil de poèmes Paroles de Jacques Prévert qui, jusqu'à l'année scolaire dernière figurait dans les programmes d'enseignement du secondaire, en est sorti au profit d'une œuvre de Guillaume Apollinaire. La semaine dernière nous nous sommes posé la question de l'opportunité d'inscrire une œuvre de Guillaume Apollinaire dans les programmes de l'enseignement secondaire au Cameroun. L'oeuvre d'Apollinaire est en effet double. A côté du poète, inventeur du mot " surréalisme ", il y a un Apollinaire écrivain pornographe, auteur de préface à des œuvres licencieuses dont l'une du fameux marquis de Sade, auteur de deux œuvres pornographiques : Le Jeune Dom Juan et Les Onze mille verges. Un commentaire de cette dernière œuvre que cite Michel Decaudin affirme que Guillaume Apollinaire, par cette œuvre, " laisse loin derrière lui les ouvrages les plus effrayants du divin marquis [de Sade] ". C'est que Les onze mille verges est pire qu'un ouvrage pornographique. Il y a dans cette œuvre : " des scènes de vampirisme sans précédent dont l'acteur principal est une infirmière de la Croix-Rouge, […] qui viole les morts et les blessés [ …]Les scènes de pédérastie, de saphisme, de nécrophilie, de scatomanie, de bestialité s'[y] mêlent".
Certains critiques ont voulu dédouaner Guillaume Apollinaire en affirmant que ses œuvres pornographiques avaient été écrites par cet auteur pour passer des moments de soudure. Mais Jean-Jacques Pauvert a démontré la légèreté de cette argumentation. Au demeurant comme l'affirme un autre critique, les histoires de "fesses et de sodomie " Guillaume Apollinaire n'a pas fait qu'en parler dans ses œuvres. On en était encore à se demander comment enseigner un tel auteur à de jeunes élèves de classe de terminale que l'on constate que le livre en circulation, à l'effet de cet enseignement n'est pas de G. Apollinaire. En effet, on a eu tort de penser que le titre Callicools affiché sur la liste officielle des manuels scolaires 2009-2010 était une simple coquille due à l'étourderie d'une secrétaire. Le livre en circulation porte bien le titre Callicools. Et son éditeur le revendique ! " Callicools, écrit le préfacier de l'édition de cette œuvre, est une composition des Editions Masseu à partir de Calligrammes et Alcools. Ce mot Callicools n'est donc pas une création de Guillaume Apollinaire. " Soit ! Mais en première de couverture, cette œuvre est bien prêtée à Guillaume Apollinaire.
L'explication du préfacier dévoile une méconnaissance du domaine des droits d'auteur. Si en effet l'œuvre d'Apollinaire comme celle de plusieurs autres auteurs est depuis longtemps tombée dans le domaine public - " c'est le statut juridique dans lequel se trouve une œuvre lorsque les droits patrimoniaux sont épuisés "- il y a une différence importante à faire entre les droits patrimoniaux et les droits moraux. En France, soixante dix ans après la mort d'un auteur, l'exploitation de son œuvre est libre et gratuite. A ce titre, les éditions Masseu avaient donc bon droit de produire l'œuvre de Guillaume Apollinaire. Mais les droits moraux, ceux qui reconnaissent la paternité d'une œuvre à son auteur et qui la préservent de toute altération, de toute modification, sont imprescriptibles. Or le titre d'une œuvre en est une partie intégrante et modifier le titre des œuvres de Guillaume Apollinaire, c'est attenter à son intégrité. Il en va du titre Callicools, comme de celui d'un poème de cette œuvre : " Aubade chantée à Laetare l'an passé " un poème d'Alcools devient " Aubade chantée à Laetare un an passé " dans Callicools.
En plus de cette coquille, l'édition de Callicools en circulation comporte un dossier pédagogique destiné aux élèves et aux enseignants du secondaire et supposé faciliter la compréhension de cette œuvre. Mais voilà ! ce dossier d'une quarantaine de page se trouve presque in extenso sur internet. Ceux qui s'en déclarent les auteurs n'ont donc fait que copier et coller des pans entiers de textes que quelques élèves futés et des enseignants à jour de l'utilisation de techniques de l'information et de la communication ne manqueront pas de le relever. Tel est donc le cas Guillaume Apollinaire. Un écrivain dont la pornographie et des excentricités touchant aux bonnes mœurs font partie à la fois de la biographie et de la bibliographie. Une reproduction de cette œuvre tombée dans le domaine public qui confond droits patrimoniaux et droits moraux, exposant son éditeur à des poursuites pour atteinte aux droits patrimoniaux. Le dossier pédagogique de ladite édition qui est un vaste plagiat.
Par Marcelin VOUNDA ETOA *
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