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Supplément cultures

02 Sep 2010
Livre : Judas veut faire partir Sarkozy

Le groupe français informel de politiques, d’intellectuels et de hauts fonctionnaires a commis un livre dans ce sens.

«La France va mal», plus qu’un cri de détresse c’est le prétexte pris par un groupe présenté comme informel mais qui, au regard de ce qui se dit le long de l’essai de 146 page qu’il commet, apparait très puissant. Constitué de hauts fonctionnaires, de politiques et d’intellectuels de tout bord, sous l’appellation de Judas, ce groupe de pression dit vouloir aider le président français Nicolas Sarkozy à trouver la porte de sortie du pouvoir en France. Si les auteurs du livre estiment que les réformes initiées par l’actuel locataire de l’Elysée sont indispensables et irréversible, ils s’interrogent sur la méthode et les approches de «l’agité» président de France.
Dès le prologue, Judas donne le ton et annonce les manifestations du malaise français dont la face visible a été le résultat d’un sondage de l’institut Tns Sofres pour le compte du Centre d’études de la vie politique française ‘Cevi-Pof).
Les résultats plus cinglants que jamais, faisaient observer que 71% de Français interrogés ne faisaient pas confiance à la classe politique française. 73% n’accordaient aucune crédibilité aux médias, «bien moins que les banques qui pourtant, auraient eu moult raisons, après la bourrasque financière suscité la méfiance».

Judas se fonde cependant plus son propos sur les réponses à la question: «Pour la défense de vos intérêts, en qui avez-vous confiance?» Réponse: «Eux-mêmes». Pour 70% de personnes interrogées. 15% de Français croient aux associations, 7% aux syndicats et alors que seul 1% recoure aux partis politiques. Sans nul doute, la France se méfie de son modèle d’organisation sociopolitique.
D’autant plus qu’à la lecture des résultats ci-dessus, les élus portent très mal leurs oripeaux. Egoïstes qu’ils sont devenus, ils ne revendiquent que pour eux-mêmes et jamais plus pour le peuple qui confie des mandats. De ce point de vue, les élus sont passés dans le camp de la traîtrise.
De ce point de vue la France, sans agoniser, est une masse infantilisée à la quelle Nicolas Sarkozy a administré un électrochoc. Même simulé! C’est cela le mérite de l’actuel chef de la majorité en France. Il a permis aux et aux autres de se rendre compte des ruses et hypocrisies à l’origine du naufrage d’un peuple dont on a pendant longtemps clamé la singularité et l’exception. Si Judas rend les régimes qui ont précédé «le commando Sarkozy», responsables de la situation dans laquelle s’est retrouvé l’hexagone, il accuse celui qui est déjà en campagne de faire de la provocation gratuite et de s’exposer de manière outrancière aux médias.

C’est ainsi qu’on le retrouvera en train de changer le juge d’instruction par celui de l’enquête. Un magistrat aux autres de la chancellerie. Celle qui n’airait jamais permis les exploits d’un Beffy, d’une Eva Joly ou Prévost-Desprez. Le président français veut par ailleurs renforcer le pouvoir du parlement. Mais pas au détriment du judiciaire! Lance, précautionneux, Judas.
D’accord qu’il faut procéder aux réformes. Il fallait sûrement revoir les textes sur les impôts, la retraite, les recrutements des fonctionnaires, la réforme des collectivités locales, orienter l’aide aux entreprises. Mais une fois de plus au détriment de la conquête des espaces de marchés comme ce fut le cas avec la perte de la fourniture de la Centrale nucléaire d’Abu Dhabi au profit de la Corée du Sud.
Des fautes de gestion et conduites des affaires étatiques qui, au mois d’avril était bien loin des affaires Woerth Bettencourt.

Mais c’est la succession qui occupe les esprits: Comme dans une monarchie, Sarkozy serait en train de préparer sa succession. A défaut de se représenter, il envisage de lancer Fillon à l’Elysée. Le Premier ministre devrait selon une telle perspective, se retirer au début de 2011 pour annoncer sa candidature dès le début de l’année suivante.
Si tel est le dessein de l’homme du bling bling, de la Rolex, du Fouquet’s, Bolloré, Bouygues et Balkany veut passer dans l’histoire comme celui qui, après 30 ans d’immobilisme a fait bouger la France. Il a cependant oublié deux choses: Son manque de génie face au retard de l’Afrique, à la chute de l’hégémonie américaine, la montée en puissance de l’Asie et la régression de la France. Mais surtout, son incapacité à répondre aux chocs des identités et des communautés à l’intérieur de l’Europe. Pour toutes ces raisons Sarkozy doit partir.

Bonnes feuilles
Bilan, en 2010 d’une trentaine d’années d’autisme généralisé: explosion des finances publiques et du prix de l’énergie ; baisse du pouvoir d’achat et de l’accès au crédit bancaire ; marée du chômage et des fins de droits, cependant que les délocalisations se multiplient et qu’ils sont plusieurs millions à se demander désormais comment payer leurs factures et à qui ils demanderont des comptes.
D’où la haine que suscite aussi ce fils de travailleur immigré hongrois, parti comme un fou à la conquête de l’Elysée et s’apercevant une fois la place conquise, que le chemin n’était pas bordé de roses. Mais pour qui se prend-il, ce Napoléon le Petit qui affirme qu’il faut travailler plus pour gagner plus ?

Slogan que l’on sait totalement imbécile depuis qu’un contestataire écrivit sur les murs de Mai 68 : « Ne travaillez jamais.» mais pour qui nous prend-il ce monarque nain qui veut instaurer un service minimum dans les transports en commun, comme si ce n’était point aux comités d’entreprise des damnés du rail, de la SNCF et de la RATP, de décider quand et comment ils allaient arrêter de rouler pour un salaire de misère ? Mais qu’est ce qu’il veut, ce dictateur bidon, à oser toucher à notre statut de mandarins des universités et à proclamer l’autonomie de ces dernières comme si notre avenir à nous autres enseignants-chercheurs, élite de la nation et hussards de la République, était de passer sous la coupe d’un président d’université qui nous ferait « évaluer » ( l’horrible mot) par nos collègues, alors que nous sommes si bien avec le Conseil national de l’Université, qui porte un jugement d’autant plus objectif qu’il est lointain ?

Non mais franchement, sommes-nous là pour faire du rendement et orienter nos élèves vers des métiers d’avenir ou bien, comme c’est encore le cas, pour garnir la France de dizaines de milliers de psychologues et de sociologues qui ne trouveront pas l’ombre d’un job, mais pourront analyser brillamment une société qui devrait les récompenser par la garantie de l’emploi ? On pourrait multiplier arguments et accusations. Reste que le coup de pied dans la fourmilière a commencé d’être donné mais dans tous les sens et ne soulevant hélas, la plupart du temps, que nuages de poussière. Et ceci est vital.
Paraphrasant Malraux, nous dirons que Sarkosy a franchi le Rubicon mais semble s’être arrêté au milieu du gué pour y pêcher à la ligne. Or, et il le sait bien, nous n’avons absolument plus les moyens de taquiner le goujon. La France roule à vélo et, si elle s’arrête, c’est la chute. Certes, après trente ans de sommeil, il n’est pas facile de réveiller la Belle : mais il sera encor plus difficile de la ressusciter.

Léger Ntiga

   
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