29 Jul 2010
Renc’Art : Finie la belle époque ?
Lorsque les éditions Flammarion décident de rééditer en automne de 2008 «Instinct de mort», le livre à succès du gangster Jacques Mesrine, c’est parce que, ce titre, porté à l’écran la même année par Jean François Richet avec Vincent Cassel dans le rôle de Mesrine, et Cécile France incarnant sa compagne auprès de laquelle il mourût le 2 novembre 1979, tué par les balles des antigangs à la porte de Clignancourt à Paris, est le motif réel de cette réédition. Les précédentes éditions, celle de Jean Claude Lattès en 1977 et Champ Libre en 1984, étaient épuisées dans les rayons des librairies. Au cours de cette même année, Michel Drach avait porté à l’écran «Le Pull over rouge», tiré l’excellente reconstitution de Gilles Perrault de la disparition et de la mort tragique d’une fillette de 12 ans à Nice dans le sud de la France. Tout comme le précédent cas, le succès du livre en librairie poussa le réalisateur à l’adapter au cinéma.
Il existe ainsi depuis la nuit des temps une complicité artistique entre le livre et le cinéma, complicité qui, en utilisant les passerelles qu’offre le droit d’auteur, avec ses volets liés aux traductions et aux adaptions, permet au 7ème art d’étendre son champs d’actions. En termes clairs, lorsque la production éditoriale est de bonne qualité, c'est-à-dire lorsqu’elle puise ses thèmes dans les préoccupations quotidiennes des citoyens en plus des exigences de qualité artistique, elle alimente par voie de conséquence en grande partie l’industrie cinématographique dans sa diversité, à savoir la fiction, le documentaire, les portraits ou des séries télé filmées. Elle est aussi une source non négligeable de la production théâtrale. Les grands pays de tradition culturelle nous en donnent pleinement des exemples dans cette combinaison qui réuni, édition-cinéma-théâtre. Lorsque la rentrée cinématographique sonne, parmi les nouveaux films et les pièces de théâtres programmés, on retrouve toujours des réalisations tirées des productions éditoriales.
Qu’ils sont lointains chez nous, les temps qui nous séparent «Des trois prétendants, un mari» de Guillaume Oyono Mbia, ce petit livre riche de nos traditions ; il emporta le «Prix Ahmadou Ahidjo», inscrit dans les programmes scolaires. Il fût aussi joué sur mille planches de notre théâtre naissant dans la première décennie des années 1960. Balthazar Amadangoleda porta à l’écran «Les trois petits cireurs», du nom et texte de l’ouvrage de l’écrivain Francis Bebey. «Espaces et lumières», recueil de poèmes de Jacques Fame Ndongo, fût joué au théâtre, adapté par Emmanuel Kéki Manyo. «La Forêt illuminée» de Gervais Mendo Ze, adaptée sous le titre d’«Etoile de Noudi», dans un télé film mémorable, illumina les ménages des Camerounais pendant quelques années au début de la décennie 1990.
Depuis ces moments de lumières intellectuelles et artistiques, nous avons replongé dans notre désert où l’inspiration et la création ne courent pas les rues. Il est certain, on ne commande pas le génie ; l’inspiration non plus. Cependant, l’environnement dans lequel on vit contribue de beaucoup à stimuler l’inspiration et la création artistique. Cet environnement peut libérer ou bloquer le génie créateur. Nous sommes malheureusement en ce moment à une période où l’expression intellectuelle n’est pas dans ses meilleures dispositions: le livre ne se produit pas, parce qu’en aval, il n’y pas lecteurs ; les films ne sont pas produits, parce qu’il n’y a ni consommateurs, ni salles de projection. Le théatre est mort ; la bouffonnerie l’a tué, elle occupe son espace d’un message parfois vaseux ou peu moral. Que peut-on faire pour sortir de l’abîme culturel ? Rien. Il n’existe ni loi ni décret pour qu’un auteur écrive un bon livre et qu’un réalisateur le porte à l’écran, ou qu’un metteur en scène soit talentueux. Quand l’environnement est sain ou propice, la création intellectuelle suit. Il faut encore beaucoup d’ingrédients pour retrouver la «belle époque» nationale des décennies 1960 à 90.
Par Xavier Messe
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