30 Jul 2010
Jean Kamdem : Une bouée de sauvetage pour notre système éducatif
Le secrétaire général de la fédération des syndicats de l’Enseignement et de la recherche révèle les enjeux de la non suppression du Probatoire.
Qu’est ce qui explique, à votre avis, le maintien du Probatoire dans le calendrier des examens officiels au Cameroun ? On peut, à juste titre, se demander pourquoi la suppression du Probatoire n’est pas effective depuis que le gouvernement a annoncé cette reforme. Le gouvernement est mieux placé pour apporter une réponse à cette préoccupation. Ceci dit, des réflexions peuvent être faites pour expliquer la non-mise en œuvre de cette réforme. En réalité, le Probatoire, dans le contexte camerounais, au regard des conditions de vie, de travail et du niveau d’infrastructures de notre système éducatif, apparait aujourd’hui comme une espèce de digue ou de protection pour faire en sorte qu’un nombre incroyable d’élèves n’envahissent la classe de Terminale. Ce qui contribue à diluer dangereusement les résultats à cet examen. Ces résultats ne sont pas toujours dénués de subjectivité eu égard à la confiscation des jurys d’examen. Si le Probatoire venait à ne plus exister dans notre système éducatif, avec le degré d’amoralité de notre structure citoyenne, beaucoup d’élèves passeraient de la classe de 3e à la Terminale. Il y aurait donc un afflux considérable de candidats en Terminale qui contribuerait à décrédibiliser davantage le bac. Ceci n’est pas une justification, car la disparition du Probatoire est une mesure qui tarde à être appliquée. Notre système éducatif étant peu compétitif, le gouvernement utilise cet examen comme une bouée de sauvetage.
Cet examen mérite-t-il tout de même sa place dans le système éducatif national ? Dans un système éducatif normal, où les effectifs sont de taille pédagogique, où les conditions de vie et de travail des enseignants sont bonnes, tout le monde devrait réussir. Dans le cas d’espèce, le maintien du Probatoire ne se justifierait pas. Ce serait une barrière inutile. La classe de Première serait alors une simple classe de passage en Terminale.
Les tenants de la non suppression du Probatoire invoquent la nécessaire harmonisation des systèmes francophone et anglophone. Est une raison qui tient la route ? Cet argument n’est pas valable. Je pense que les deux sous-systèmes, anglophone et francophone, coexistent sans problème majeur. Il est simplement question aujourd’hui de faire en sorte qu’on sache à l’avance dans un système ou dans l’autre les principales articulations de l’école primaire jusqu’à l’université. Afin que chacun choisisse où évoluer en sachant ce à quoi il s’attend en termes de débouchés. La bonne problématique ne tient pas donc à l’harmonisation des deux sous-systèmes.
Le sous-système anglophone affiche néanmoins de meilleures performances au fil des sessions que le sous-système francophone… Les résultats des examens, du moins pour la session de cette année, nous mettent en face d’un problème extrêmement pénible à expliquer. Si les gens s’interrogent sur la sincérité des résultats, c’est parce qu’ils sont conscients des difficultés dans lesquelles se meuvent quotidiennement les enseignants au Cameroun. L’entreprise éducative est comme une entreprise ordinaire : on ne peut pas avoir à la sortie, un produit de bonne qualité si les ingrédients ne sont pas bons. Les résultats de ces examens sont le fruit d’une gymnastique dans le jury-témoin qui constitue un véritable laboratoire de manipulation des résultats. Cela dit, je pense que ce n’est pas à toutes les sessions que le sous-système anglophone est en tête. Le sous-système francophone réalise parfois de meilleures performances.
Georges Alain Boyomo
|